Diable de Mer : Ils nous racontent leur expédition

Bourse de l'Exploration
29 novembre 2022

Cette année, l'Association AILERONS a remporté le Prix du Public de la Bourse de l'Exploration Paul-Emile Victor. Son trésorier, William Travers, revient pour nous sur l'expédition Diable de Mer qui s'est déroulée cet été. L'objectif ? Recenser des observations de Diables de mer méditerranéens, espèce endémique considérée par l'UICN comme en danger d'extinction. 

Rappelez-nous : en quoi consistait votre projet "Diable de mer" ? 

Cette expédition scientifique, menée chaque année depuis 2019, a pour ambition de mieux connaître et étudier les Diables de mer au large de la Corse, zone connue pour être un point de rassemblement saisonnier pour la reproduction.

AILERONS poursuit plusieurs objectifs précis : mieux comprendre comment le Diable de mer utilise son domaine vital tout au long de l’année, étudier son comportement de nage et de reproduction, sa répartition géographique ainsi que sa structure génétique.

Pour répondre à ces objectifs, l’association AILERONS effectue des poses de balises satellite sur les individus, collecte des données d’observation et de comportement et récolte des prélèvements génétiques.

Les résultats obtenus sont ensuite valorisés sous forme de productions scientifiques, notamment via une transmission de données à l'INPN dont nous sommes partenaires depuis 2014, afin qu’elles soient mises à disposition de la communauté scientifique.

Comment avez-vous préparé cette expédition ? 

Le Diable de mer est une espèce méconnue : très peu d’études et d’analyses lui sont dédiées. La mission d’AILERONS étant d’améliorer les connaissances et la protection des raies et requins en Méditerranée, il nous a semblé important de consacrer plus de temps et d’énergie à cette espèce.

Matthieu Lapinski, le président d'AILERONS et moi-même avions ce projet en tête depuis longtemps. Il nous a fallu trouver les bons partenaires, des membres d'équipage avec les compétences adaptées et bien sûr, les financements. 

Grâce à notre réseau, nous avons pu entrer en contact avec l'association Skravik, qui apporte son aide au développement de projets scientifiques en mer. Ayant les mêmes valeurs et la même vision des missions en mer, nous avons voulu, avec Skravik, faire en sorte que ces campagnes aient le moins d'impact possible sur l'environnement tout en répondant à nos objectifs scientifiques. 

Comment l'expédition s'est-elle déroulée ? 

Cette mission bénéficiait de l'expérience accumulée depuis 2019 donc son organisation s'en est trouvée facilitée.

En une semaine de navigation, ce sont 18 bénévoles sur deux bateaux qui ont prospecté les eaux corses du matin au soir pour observer près d'une soixantaine d'individus, récolter de précieuses données de comportement et de reproduction mais aussi poser deux balises satellite pour suivre les mouvements et déplacements de Diables de mer durant plusieurs mois.

Grâce à l'enthousiasme de chacun et à une météo clémente, la mission a été un succès. Une réussite humaine, scientifique et partenariale en tous points ! Une fierté aussi de pouvoir mener ces missions à bien d’année en année !

Qu'avez-vous appris, sur vous-même, sur les autres, sur l'environnement ?

J'ai appris l'engagement, la détermination pour accomplir une telle tâche mais aussi la capacité à travailler en équipe et à gérer des bénévoles. J'ai aussi appris à rester patient et humble dans la recherche et l'étude d'une espèce magnifique mais discrète...

Que vous a apporté la Bourse de l’Exploration Paul-Emile Victor ? 

La Bourse de l'Exploration nous a fait confiance et a valorisé notre travail. Recevoir cette reconnaissance, c'était déjà beaucoup pour nous ! Mais la Bourse nous a aussi permis d'acquérir une légitimité en tant qu'acteur méritant et crédible dans le milieu de la conservation biologique où évoluent des structures plus importantes que nous. Cela nous a beaucoup aidé et je ne doute pas que cela nous poussera à toujours faire mieux dans les années à venir.

Paul-Emile Victor, pour vous c'est... ?

Paul Emile Victor est quelqu'un qui a vécu plusieurs vies en une seule. C'est l'exemple même d'une personne qui a su dédier sa vie à l'accomplissement de ses rêves et s'engager pour la connaissance et la préservation d'un patrimoine humain et naturel pour les générations actuelles et futures. En bref, un exemple à suivre !

Et la suite ?

Poursuivre notre engagement et faire toujours mieux pour la conservation du Diable de mer. Il reste encore beaucoup de travail en Méditerranée pour protéger cette espèce en danger. Cela passe par la poursuite des missions en mer, la récolte de davantage de données et le renforcement des collaborations techniques et scientifiques pour aller plus loin. Chaque mission réussie nous motive davantage à poursuivre ce travail pour protéger cette magnifique espèce.

Avez-vous un message à faire passer, aux personnes qui rêvent de se lancer mais n'osent pas toujours franchir le cap ? 

Il ne faut pas renoncer à ses projets, ses rêves. Il faut savoir prendre le temps de construire et murir un projet solide et pour ça, y travailler sans relâche, mais aussi s'entourer ou se rapprocher de personnes et structures compétentes qui pourront aider à mener ces projets à bien. C'est parfois un marathon de poursuivre ses rêves mais la joie de les voir se concrétiser n'a pas de prix !

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Vous souhaitez en savoir davantage ? Ecoutez les 4 épisodes du podcast Combats avec Matthieu Lapinski, président de l'association AILERONS.

Crédits photos : Sebastien Barrio

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