L'héritage

Du musée de l'exploration polaire à l'espace des mondes polaires Paul-Émile Victor

En janvier 1957, Paul-Émile Victor séjourne à la base américaine McMurdo, en Antarctique, comme représentant officiel de la France pour l'Année géophysique internationale.

Il a alors l'occasion de visiter, sur le cap Hut Point, les vestiges du camp établi en 1902 par l'expédition britannique Discovery, dirigée par Sir Robert Falcon Scott, et ceux de la cabane construite quelques années plus tard par son compatriote Sir Ernest Shackleton lors de l'expédition Nimrod. Ce pèlerinage polaire va durablement ancrer en lui l'envie, non seulement de raconter les folles épopées des explorateurs de jadis - ce qu'il fera dans beaucoup de livres - mais aussi de créer un jour un musée polaire en France. Ses tentatives à Rouen, Marseille ou Saint-Malo resteront vaines. C'est dans un petit village du Haut Jura que l'idée va, un jour, se concrétiser.

En 1972, à deux pas des Rousses, Prémanon, au pied du Mont-Fier, voit s'ouvrir la Vallée des rennes, sorte d'écomusée de la civilisation des rennes en Europe. Son fondateur, Pierre Marc, veut partager avec le public sa passion pour la civilisation Sami. Invité d'honneur lors de la première Fête polaire à Prémanon, Paul-Émile Victor devient le président d'honneur de la Vallée des rennes, dont il suit le développement avec attention.

En 1987, Pierre Marc lui soumet l'idée de construire un musée polaire tout près de là, l'occasion, pour l'un, de créer un second pôle touristique à Prémanon, et pour l'autre, de concrétiser un de ses rêves. Malgré l'éloignement (Paul-Émile Victor vit à Bora Bora et voyage encore beaucoup), Pierre Marc et lui travaillent étroitement à la conception, l'élaboration puis la recherche de financements du “Musée de l'exploration polaire Paul-Émile Victor“, qui ouvre ses portes fin 1988.

Financé par le Conseil général du Jura, le Conseil régional de Franche-Comté, la commune de Prémanon, la Fondation des Pays de France et le Crédit Agricole du Jura, son architecture et sa décoration intérieure sont confiées à Jean-Michel Dubois, Olivier Gendrin et Éric Lefèvre.

À partir d'objets prêtés par des explorateurs et des scientifiques, le musée présente dans des vitrines des scènes relatives à l'exploration polaire et à la faune locale, grâce entre autres aux animaux naturalisés.

En 1995, la Vallée des Rennes ferme. Dans son sillon, le Musée polaire périclite rapidement, avant d'être liquidé judiciairement deux ans plus tard. Sous l'impulsion des enfants de Paul-Émile Victor (décédé en mars 1995), une association loi 1901 est créée en juin 1998, qui, avec l'appui des autorités locales, rouvre le musée sous le nom de “Centre polaire Paul-Émile Victor“.

Malgré sa belle attractivité et ses quelque 16 000 visiteurs par an, le “Centre PEV“ apparaît, à l'aube du XXIè siècle, inadapté dans ses espaces d'accueil, assez restreints (300 m2) et sa muséographie, inchangée depuis son ouverture et quelque peu “vieillotte“.

De surcroît, la structure est très consommatrice d'énergie. C'est pourquoi, au début des années 2000, Jean-Christophe Victor, fils aîné de l'explorateur, et Stéphane Niveau, directeur du Centre polaire, réfléchissent et élaborent le projet d'un nouvel équipement culturel, plus grand, plus moderne, plus interactif, à la fois ludique et pédagogique, centré sur la thématique des mondes polaires et sur l'environnement. Il leur faut alors convaincre les élus locaux (Région, Conseil général, Communauté de communes, Commune), sans lesquels un projet de cette envergure ne pourrait pas aboutir.

La Communauté de Communes de la Station des Rousses lance en 2005 une première étude de faisabilité pour une installation dans une aile du Fort des Rousses, qui s'avère trop onéreuse et ne pouvant répondre aux impératifs d'économies d'énergie voulus par les concepteurs. Bernard Regard, alors maire de Prémanon, propose que le centre de son village accueille le nouvel espace, et une seconde étude de faisabilité, confiée à l'agence Le Troisième Pôle, aboutit en 2010.

L'appel à candidatures lancé pour le concours d'architecture voit des projets venir de toute la France, mais aussi de l'étranger, et c'est celui du cabinet Reichardt et Ferreux qui l'emporte. Implantés à Lons-le-Saunier, amoureux du Haut Jura, les architectes ont su concevoir un bâtiment qui regroupe des éléments aussi disparates qu'une patinoire, un musée, une salle polyvalente, un auditorium, un restaurant, et qui pourtant s'efface au profit du paysage, ne laissant émerger que la patinoire, la salle polyvalente et le musée.

Délibérément écologique, le bâtiment, enfoui à 60%, possèdera une inertie thermique naturelle qui allègera les frais de chauffage, et son isolation sera faite d'élément biosourcés, issus de la valorisation des déchets de la filière bois. La charpente sera faite de ce même bois, provenant de forêts locales gérées durablement. Une cuve de 30 m2 récupèrera les eaux pluviales - qui alimenteront le circuit sanitaire du bâtiment et serviront à fabriquer la glace naturelle de la patinoire. Grâce aux grands puits de lumière qui descendent des plafonds, le musée sera en permanence éclairé naturellement.

Les travaux débutent en décembre 2013 par la déconstruction des anciens bâtiments, suivie du terrassement général puis des aménagements de la patinoire et de la salle polyvalente déjà existantes. Le 12 juin 2015, la première pierre de l'Espace des mondes polaires Paul-Émile Victor est posée, mais les travaux sont brutalement interrompus trois semaines plus tard : le feu a pris dans la charpente de la salle polyvalente, détruisant une grande partie de la toiture et endommageant définitivement un des murs.

C'est avec quelques mois de retard que, le 1er décembre 2016, “l'EMP“ - premier centre culturel alliant émotion, connaissance et découverte des milieux polaires, ouvre ses portes au public, à tous les publics : familles, scolaires, mais aussi “connaisseurs“ et amoureux du monde polaire.