
Les 5 plus hautes montagnes au-delà du Cercle polaire arctique sont sur la côte est du Groenland, dans le massif des Monts Watkins, au sud du Scoresby Sund : quatre sommets majeurs entourent le Gunnbjørns Fjeld, point culminant de l’île (3694 m) et, pendant très longtemps, deux d’entre eux n’ont pas eu de nom… jusqu’en 1996 et leur ascension par le Strasbourgeois Pierre Grossmann et 7 de ses amis alpinistes de l’association Ascendances.
C’est le 7 mars 1995, jour du décès de Paul-Émile Victor, qu’une évidence s’est imposée : non seulement ils enchaîneront les 5 sommets (dont 2 en première mondiale), mais ils baptiseront l’un d’eux « Paul‑Émile Victor » , après autorisation officielle de la Greenland Place Name Authority.

« 12 juin 1996… Un jour tant attendu, celui du Mont PEV…
Lever 5h00. Il fait -19°C avec un vent soutenu, il faut une bonne dose de courage pour quitter la tente mais l’enjeu de la journée est tel que chacun y met du sien.
Départ 9h00. Nous sommes lourdement chargés car, en plus du matériel de mesures habituel, nous emportons la lourde plaque commémorative (un peu plus de 5 kg), l’outillage de scellement et les drapeaux. J’ai l’honneur de porter ce supplément !
Après une traversée de la jonction très crevassée de deux glaciers, nous avançons sur un glacier désespérément plat. En deux heures, nous ne parcourons que 200 mètres. Mais réaliser que nous sommes les premiers humains à pénétrer dans cette vallée glacière est particulièrement motivant.
Arrivés au pied de la montagne, nous découvrons que les glaciers jusqu’au sommet sont moins crevassés que sur la photo aérienne. Nous ne rencontrons finalement aucune difficulté particulière, nous n’avons même pas à déchausser pour atteindre le sommet.

À 16h45, nous atteignons notre but. Il ne fait que -17°C, et le vent n’est pas trop fort. Nous abordons un vaste plateau d’environ 10 000 m2, sans qu’émerge le moindre point culminant. Dans le doute, nous en choisissons le centre pour procéder au baptême et aux mesures.
Pendant que les “techniciens“ mettent en place l’antenne et le GPS, une équipe part à la recherche d’un affleurement rocheux qui nous permettra de sceller la plaque. Ils reviennent bredouilles. La plaque est alors posée sur sa tranche et supportée par les jambes de stabilisation de l’antenne du GPS.

Les emblèmes nationaux groenlandais et français sont déployés et fixés sur l’antenne. Leur toute petite taille (à peu près le format A4) les rend vraiment trop discrets.
En fait, nous les avions oubliés et nous avons dû improviser juste avant le départ : le drapeau français a été confectionné par une chemiserie de Strasbourg, et celui du Groenland nous a été donné par l’hôtelier de Keflavik qui, par le plus grand des hasards, en possédait un. Par contre, je n’ai pas oublié le pavillon officiel des Expéditions Polaires Françaises, et nous le déployons avec beaucoup de fierté !
J’entame alors le petit discours que j’ai préparé pendant la montée, mais une intense émotion m’étreint… Le Qaqqaq Paul-Émile Victor, le mont Paul-Émile Victor existe !
Quelle joie lorsque, enfin, la mesure instantanée nous donne une altitude de 3609 m, à 68° 48’ 40“ 152 N et 29° 33’ 24“ 423 S ! »

Le Qaqqaq PEV a été ensuite gravi :