Un carnet de PEV émouvant

Les Archives nationales gèrent désormais une majeure partie des archives de l’explorateur Paul-Émile Victor. Parmi ces trésors, un précieux carnet au papier jauni évoquant l’immensité groenlandaise… Conservatrice du patrimoine aux Archives nationales, Clotilde Le Forestier de Quillien en livre quelques secrets pour notre gazette.

Les Archives nationales gèrent désormais une majeure partie des archives de l’explorateur Paul-Émile Victor. Parmi ces trésors, un précieux carnet au papier jauni évoquant l’immensité groenlandaise… Conservatrice du patrimoine aux Archives nationales, Clotilde Le Forestier de Quillien en livre quelques secrets pour notre gazette.

Historia – Comment ce carnet est-il arrivé aux Archives nationales ?

Clotilde Le Forestier de Quillien – Il fait partie d’un ensemble. En mai 2025, année de la commémoration des trente ans de la mort de Paul-Émile Victor, le fonds de dotation éponyme, dirigé par sa fille, Daphné Victor, a décidé de confier aux Archives nationales les archives personnelles que son père explorateur avait produites tout le long de sa vie. 

Elles représentent un volume de 40 mètres linéaires, acheminé depuis le village de Prémanon, dans le département du Jura, berceau de son enfance et terre familiale. C’est là que se trouve d’ailleurs aussi l’Espace des mondes polaires Paul-Émile Victor, musée dédié à l’Arctique et à l’Antarctique.

Les documents présents dans ces archives sont de différentes natures. On trouve tout d’abord des papiers très personnels, comme des dessins d’enfance, des photographies, des lettres privées, mais aussi l’ensemble de ses carnets de voyage. 

Certains complètent le fonds conservé par le Muséum national d’histoire naturelle, qui gère les archives des premières expéditions de Paul-Émile Victor au Groenland, entre 1935 et 1937. Enfin, figurent la documentation qu’il a rassemblée et les manuscrits des ouvrages qu’il a rédigés lui-même. Un fonds photographique et audiovisuel complète le tout.

Concernant le carnet en particulier : dans quel contexte a-t-il été rédigé ?

Il s’agit d’un carnet de voyage manuscrit, rédigé par Paul-Émile Victor lors de la deuxième mission des Expéditions polaires françaises (EPF) au Groenland, en 1949. Cette année-là est fondamentale pour la recherche scientifique nationale sur ces hautes latitudes. 

Pour la première fois de son histoire, la France est présente dans les deux pôles : en Arctique donc, mais aussi en terre Adélie (Antarctique), un siècle après sa découverte par Jules Dumont d’Urville, grand « héros » polaire français.  

Paul-Émile Victor est le fondateur des EPF, leur directeur et leur « chef d’orchestre ». Dans cette mission, il met à profit son expérience récente en matière de logistique en milieu extrême, acquise pendant la Seconde Guerre mondiale aux États-Unis.

Que nous apprend ce carnet sur cette expédition au Groenland ?

Le carnet, comme la photographie que nous possédons prise lors de cette même expédition, constituent des témoignages précieux de ce qu’on pourrait appeler, en quelque sorte, les « coulisses » des expéditions polaires. 

Ils complètent bien les archives institutionnelles des Expéditions polaires françaises, également conservées dans nos fonds. Nommé « carnet de bord », ou « carnet de voyage », ce document est plus personnel et moins formel que les rapports administratifs ou scientifiques produits dans le cadre des missions officielles, qui sont des documents plus techniques, rédigés à destination des institutions de tutelle. 

Un tel carnet de bord permet de comprendre, au jour le jour, comment se déroule le voyage, détaille les conditions météorologiques et est même truffé de réflexions personnelles. On peut qualifier ces archives de très « bavardes », au meilleur sens du terme.

Des réflexions de Paul-Émile Victor dans ce carnet vous ont-elles particulièrement surprise ou touchée ?

On trouve dans les archives de PEV plusieurs sortes de carnets : des carnets rédigés à la manière de journaux intimes et des carnets de bord qui retracent jour par jour l’expédition en cours, à l’image de celui présenté ici. 

J’aimerais terminer par cette réflexion de PEV copiée sur l’une des fiches qu’il avait l’habitude d’avoir toujours sur lui, rangées dans la poche de sa veste : « atteindre sa limite ? La mesurer ? Comment, sinon en la dépassant… ». J’aime cette phrase parce qu’elle définit bien ses motivations, son inexorable envie de vivre et de poursuivre ses idées jusqu’à leur réussite. 

Ces mots sont inspirants, et j’espère qu’ils parleront aux lecteurs. Ils aident à trouver l’énergie suffisante de mener à son terme les projets qui nous animent. Pour l’instant, ce premier projet, aux Archives nationales, est de fournir aux chercheurs et au grand public, l’inventaire détaillé des archives de ce grand homme du XXème siècle. 

Avec le concours du magazine Historia

À noter

Clotilde Le Forestier de Quillien est conservatrice du patrimoine, responsable pôle Outre-mer et coopération aux Archives nationales.